Sociétaires Célèbres 

Membres de la Société Libre Personnalités qui ont marqué l'histoire du département de l'Eure, voire au-delà. Voici les portraits de quelques-uns d'entre eux.

Barrême Jules

Jules

Avocat, homme politique, préfet de l’Eure

 

Le préfet Jules Barrême a été assassiné le 13 janvier 1886. La biographie qui suit est reprise d’un article paru dans le numéro 198 de la revue connaissance de l’Eure.

Marc-Antoine-Jules Barrême est né à Avignon le 25 avril 1839. Son père professeur de langues fut directeur du Mont-de-piété d’Avignon (le premier crée en France). Il avait un frère (décédé à Toulouse) et une sœurs, épouse Calvet, sans enfant. Il aurait reçu ses premiers enseignements des Jésuites puis au lycée d’Avignon où il obtint un prix d’honneur de philosophie en 1855 et son baccalauréat es-lettres. On le retrouve à Paris, au collège Sainte-Barbe, pour deux années de rhétorique et de philosophie et il suit également des cours au lycée Louis-le-Grand. De cette époque, il a 17 ans, on tient de lui quelques poèmes.

Il fait ensuite son droit et on dit[1] que, dès cette époque il aurait emprunté pour payer ses études puis pour assouvir ses passions du jeu et des femmes puis, enfin, pour rembourser les dettes de son père devenu économe de l’hôpital de Perpignan où il aurait commis quelques détournements ?!…

En 1860 il est avocat près de la cour d’appel de Paris. et il sera même secrétaire de la conférence des Avocats en 1864. Il devient ensuite avocat au conseil d’État et à la cour de cassation (octobre 1866-mars 1876).

 Ses collègues retiennent de lui une personnalité distinguée, affable et courtoise. D’ailleurs un de ses amis, le sénateur Pouyer-Quertier disait qu’il n’avait jamais entendu de lui un mot blessant. On pouvait  être  » surpris de voir apparaître un préfet républicain qui semblait bien plutôt appartenir à quelque cercle aristocratique ». Il est vrai que sur cette première partie de sa vie on l’aurait plutôt classé comme un conservateur, chrétien avec des idées libérales. Cette particularité va lui ouvrir une carrière…

Ses ennuis d’argent l’auraient poursuivi dit-on encore[2] et l’une des ses maitresses aurait servi d’entremetteuse pour lui faire épouser une riche héritière du bordelais (?) ce qui lui aurait permis d’éponger ses dettes et de s’offrir le château de La Forêt sur la commune de Pellegrue près de La Réole en Gironde.

Il acquiert effectivement ce domaine par adjudication le 29 août 1877. Ce château reviendra par donation partage à l’un de ses gendres le colonel d’artillerie de La Roche, le 27 mars 1915.

Il avait épousé Marie Louise Delrue, fille de Charles Delrue un armateur dunkerquois. Ils ont trois enfants: un garçon et 2 filles qui ont respectivement 15 ans, 11 et 8 ans au moment del’assassinat du préfet. Après l’assassinat de son père, le fils quittera le lycée d’Évreux pour rejoindre celui de Vanves dès la fin du mois de janvier 1886.

 

Le quatrième gouvernement Jules Dufaure débute le 9 mars 1876. C’est un gouvernement rassemblant des héritiers de la tradition libérale et orléaniste ralliés à la République,

Le duc Decazes, orléaniste et dont le château familial est à Bonzac en Gironde est nommé ministre des affaires étrangères, Émile de Marcère, centre gauche, natif de l’Orne est nommé sous-secrétaire d’état à l’intérieur; il deviendra, le 15 mai 1876, ministre de l’intérieur et Louis Passy (futur président de la Société libre), orléaniste, sous-secrétaire d’État aux Finances.

Jules Barrême connait le duc Decazes et Marcère qui vont le faire entrer dans la haute administration de la république. Le 24 mai 1876, il est nommé sous-préfet de La Réole. Il s’acquitte parfaitement de sa mission avec un zèle qui lui vaudra quelques démêlées avec un député bonapartiste de la Gironde, Robert Mitchell, coutumier des interpellations acides.

Le 3 décembre 1876, Jules Dufaure remet la démission de son gouvernement au président de la République, Mac-Mahon.

Dès le 12 décembre Mac-Mahon nomme Jules Simon à la présidence du Conseil et ce dernier tente de concilier la droite et l’extrême gauche, divisées au sujet des questions religieuses. Simon échouera et son ministère prend fin à la suite de la crise du 16 mai 1877. Jules Barrême démissionne également. Mais les élections législatives qui suivent (en octobre1877) confortent le camp républicain  et Barrême, dès le mois de décembre est nommé secrétaire général de la préfecture de la Gironde où on le voit très actif, en particulier lors des inondations de février 1879. Puis le 3 mai 1879 il devient préfet des Deux-Sèvres et il s’y distingue encore.

Le 13 janvier 1880, Jules Barrême, signe un décret pour la construction d’une École Normale de Filles à Niort. Dans ce département proche de l’ouest catholique et attaché à ses écoles privées confessionnelles il marque ainsi l’espace républicain; l’école est aménagée pour accueillir 40 élèves et ouvrira ses portes le 29 septembre 1882,…Barrême est déjà préfet de l’Eure où il est nommé depuis le 30 mars 1881; mais au préalable, en application du décret de 1880 sur les congrégations, il a fait expulser, en novembre, les chanoines réguliers du Latran de l’abbaye Notre-Dame de Beauchêne à Cerizay[3] !

Il arrive donc dans l’Eure  en mars 1881 Il succède à Joseph Firbach en poste depuis 1879[4] qui avait pour secrétaire particulier son fils Georges !

Barrême découvre un département atypique, proche de Paris, fortement industrialisé mais aussi de tradition rurale.

La ligne du chemin de fer de Paris à Cherbourg inaugurée par Napoléon III en 1858, traverse le département et favorise les relations avec la capitale d’autant plus qu’un réseau dense de lignes secondaires maille le territoire. Les villes telles qu’Evreux, Louviers ou Vernon, la vallée de l’Andelle connaissent une activité industrielle florissante, mais les plaines des plateaux de Saint-André, du Neubourg ou les prairies ou bocages  de Bernay, de Pont-Audemer et du pays d’Ouche sont autant de fiefs ruraux attachés à leurs traditions[5]. De là à constater des disparités locales de comportement politique et de votes il n’y a qu’un pas que le nouveau préfet va vite mesurer.

Il a l’expérience de ces rivalités entre conservateurs et républicains et il connait les résultats et tendances des dernières confrontations électorales. En tant que préfet nommé par le pouvoir, Barrême doit assurer le succès électoral des républicains. Cela commence dès son arrivée par le soutien parfois peu discret aux élus locaux dont les sympathies en faveur des républicains sont connues. C’est un jeu d’équilibriste  auquel les grands serviteurs de l’Etat sont rompus, par expérience à l’époque.

Le 4 septembre suivant, Gambetta vient en visite dans l’Eure et à Caen; il loge dans la résidence préfectorale.

En 1882, tandis que la même année, un enseignant, conseiller général de tendance républicaine, Charles Adrien Corbeau est devenu maire d’Évreux, Jules Barrême est élu président de la Société libre d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l’Eure où il succède à Léopold Delisle. Il préside ainsi  l’une des plus prestigieuses sociétés savantes de France où siège tout ce qui compte d’édiles et d’érudits du département.

A la suite de Jean-Louis Lepouzé qui avait abandonné son mandat de député pour postuler au sénat,  une élection partielle a lieu le 14 mai 1882 et le républicain Joseph Ambroise Bully remporte la première circonscription d’Évreux avec 7 838 voix contre Léon Matthieu Sevaistre (5 152 voix) représentant de l’Union des droites. C’est sans doute à cette occasion qu’une amitié sincère se nous entre  Barrême et Sevaistre et qu’on va mesurer plus loin.

Le Préfet agit aussi sur le terrain en poussant les projets et en épaulant certains élus face à leurs opposants. Ce qui n’est pas forcément du gout de ces derniers.

 

Le contexte électoral particulier de 1885

Les républicains et leurs alliés sont largement majoritaires à la chambre des députés (482 sièges sur 557).

Le 3 janvier 1885 une réunion préparatoire des délégués sénatoriaux pour l’Eure a adopté les candidatures du comte d’Osmoy et du général Lecointe. En effet, la révision constitutionnelle de 1884 a supprimé l’inamovibilité des sénateurs jusqu’à extinction de ces derniers. Il va y avoir des élections sénatoriales en fin de mois.
 

Le 11 janvier, le Petit courrier de l’Eure fondé à l’occasion des ces élections sénatoriales fait paraître son premier numéro à Évreux.

 

Le 25 janvier 1885 ces élections se déroulent dans 41 départements français de métropole et d’Algérie. Elles doivent élire 87 sénateurs, au titre du renouvellement triennal pour la série A et pourvoir treize sièges vacants à la suite de décès ou de démissions[6] dans les séries B dont l’Eure fait partie et dans la série C.

Dans l’Eure,
·       Charles Le Bœuf comte d’Osmoy, candidat au renouvellement triennal est élu sénateur, par 537 voix sur 1 064 votants.il prend place au centre gauche de la Chambre haute. Lorsqu’il était député, il se déclarait « partisan d’une  République conservatrice, et modérée » comme de nombreux notables du département.

·       Le général Alphonse Lecointe élu sénateur de l’Eure, en remplacement de M. Lepouzé invalidé, siège à gauche. Il est réélu, au renouvellement triennal avec 533 voix (1064 votants). Il continua de voter avec les républicains de la Chambre haute, tout en s’abstenant (juin1886) sur l’expulsion des princes.

Avec 233 sièges, les républicains renforcent encore leur majorité au Sénat.

Président du conseil des ministres depuis le 6 avril, le radical Henri Brisson pense dormir sur ses deux oreilles à la veille des élections législatives des 4 et 18 octobre 1885, d’autant plus que le mode de scrutin a été changé; on va utiliser un vote de liste à la majorité à deux tours. Ce système amplifie, en principe, l’influence des grands partis et diminue celle des partis moyens. 

Donc tout va bien…

Le soir du premier tour, la surprise et de taille : les conservateurs ont raflé 177 sièges et les républicains, seulement 189 et il y a 268 ballottages dont beaucoup sont défavorables.
Dans l’Eure, le premier tour des législatives, est catastrophique pour les républicains. Ils détenaient quatre sièges sur six en 1881; ils sont à la veille de tout perdre.

 

C’est la victoire des conservateurs ! Ils remportent dès le premier tour, 5 sièges sur les 6 avec un ballottage favorable pour le sixième siège car, Jules Develle pourtant député sortant qui a obtenu 41088 voix  est aussi candidat dans la Meuse son département d’origine qu’il choisit et où il sera élu.

On peut noter que, dans cette affaire, la liste des républicains apparait un peu « légère » face aux notables.

Elle est composée en fait de quatre candidats qu’on reconnait « opportunistes », Messieurs Develle, Papon, Bully et Moutier et de deux républicains de sensibilité « gauche radicale », messieurs Bonpland et Parisot. Plus grave encore, ceux qui se représentaient n’avaient pas fait des scores mémorables auparavant :

– Joseph Bully qui s’était présenté en 1881 aux législatives contre Lépouzé n’avait obtenu que 1027 voix. Puis, après le décès de Lépouzé en 1882, il n’avait obtenu, aux législatives, que 5160 voix contre 4376 à Sevaistre et 3549 à Charles  Corbeau au 1er tour. Il ne l’emporta au 2ème tour contre Sevaistre qu’en récupérant des voix de Charles Corbeau,

– Alexandre Papon ne fut réélu le 14 octobre 1877, que par seulement 7 465 voix sur14 257 votants, et le 21 août 1881 par 7 438 voix sur 13 229 votants

et Moutier, Bonpland et Parisot sont des seconds couteaux…

 

Le préfet Barrême est sous pression

Dans les jours qui précédent le second tour, il est  convoqué par le premier ministre, Brisson qui a pris les choses en main. Il doit justifier cette déroute, coincé qu’il devait être entre ses amitiés (avec Léon Sevaistre, Louis Passy, …),  et ses devoirs de représentant du pouvoir. Brisson le reçoit plusieurs fois et fraichement.

Il n’est pas question de subir l’affront de perdre tous les sièges dans l’Eure. La consigne impérieuse est de tout tenter pour conserver le dernier ! Le candidat le mieux placé est Alexandre Papon qui fut l’un des 363 députés qui refusèrent le vote de confiance au ministère de Broglie celui qu’il devra justement affronter et qui vient de subir un échec aux sénatoriales.

Mais Papon se fait tirer l’oreille, l’adversaire est de taille et le prix à payer pour une campagne électorale courte s’annonce élevé si on veut avoir une chance de l’emporter. C’est un coût que Papon n’entend pas supporter car la victoire est incertaine.

Qu’à cela ne tienne, le préfet (sous entendu le ministre de l’intérieur et les fonds spéciaux[7]) y pourvoiront. L’affaire est donc conclue et la campagne électorale débute aussitôt : Des « lettres à mes électeurs « [8] que Brisson aime à utiliser, sont adaptées, imprimées et placardées dans tout le département, des tracts, des affiches, mais aussi et sans doute  des agents électoraux aux pichets de cidre faciles complètent l’arsenal.

 

Le 18 octobre, les dès sont jetés…Le résultat est proclamé

– 81808 votants (sur 106598 inscrits,  soit un taux de participation bien enviable aujourd’hui, de plus de 76%),

– 81771 suffrages exprimés (dont 871 nuls),

– 40 554 voix pour Alexandre Papon, Albert de Broglie 40 346, soit 208 voix d’écart alors que le premier tour donnait 1290 voix d’avance à Albert de Broglie ? Un autre décompte donnait 41.217 au second tour à Albert de Broglie !? Des résultats trop proches et contestés car, sans doute contestables ?

Malgré le recours intenté, la commission de l’assemblée validera l’élection de Papon.

 

Le succès de l’élection a été acquis, la mission est accomplie et doit être soldée car il s’agit de payer les frais de campagne.

Les choses traînent un peu car, comme souvent en fin d’exercice budgétaire, les caisses sont vides.

Entre temps, Brisson a démissionné et le 7 janvier 1886, Charles de Freycinet forme son 3ème gouvernement avec  Ferdinand Sarrien comme ministre de l’intérieur. Le budget 1886 a été voté en toute fin d’année 1885 et le préfet Barrême pourra, dans la discrétion souhaitable évidemment, recevoir de la caisse des fonds secrets, les sommes nécessaires et en liquide (on parle de 20 à 30 000 francs). Il n’est pas le seul préfet à se rendre à Paris en ce début d’année.

 

Mais une deuxième affaire va débuter : Le préfet Barrême est assassiné !

 

En effet, le 13 janvier 1886 alors qu’il se trouve dans le train qui le ramène  sur Evreux le préfet de l’Eure Jules Barrême est assassiné d’une balle de revolver dans la tête et son corps est jeté par la portière de la voiture  n°937 de l’express n°55  Paris-Cherbourg, au niveau de la station de Maisons-Laffitte.

 

L’enquête : Emploi du temps du préfet

 

Selon son chef de cabinet, Ribot, le préfet se déplace régulièrement vers Paris les mercredis (voire dès le mardi soir) et les vendredis. Ce mardi 12 janvier vers 22 heures, Jules Barrême est à Paris, quartier Marbeuf où il est hébergé, par un membre de sa famille lorsqu’il arrive la veille de ses rendez-vous. Certains disent que le préfet séjourne chez une maîtresse, qu’il en avait même plusieurs ?…Comme le disait Alexandre Dumas « les chaînes du mariage sont si lourdes qu’il faut être deux ou trois pour les porter »…Cette tradition coquine inspira bien des auteurs et des journalistes de l’époque.

Mais revenons aux faits relatés par l’enquête.

L’emploi du temps de la journée du lendemain est reconstitué avec une telle minutie qu’on est impressionné par les détails fournis et le nombre de rencontres et de rendez-vous[9]  entre 9 heures et 18 heures :

– vers 9.30 il aurait rendez-vous avec le nouveau ministre de l’agriculture Develle, au ministère. Il en repart une heure plus tard sans l’avoir vu et pour cause, le mercredi matin se tient le conseil des ministres…

– de là il se rend place Beauvau, au ministère de l’intérieur, ce qui semble plus logique pour un préfet. Il y rencontre, non pas le nouveau ministre Sarrien qui doit être, lui aussi, retenu par le conseil des ministres mais un ancien préfet, René Laffon, nouvellement nommé directeur de cabinet et directeur du personnel. Un autre personnage  Alfred Foubert, chef du secrétariat particulier, sous-directeur de la sûreté et surtout dispensateur des fonds secrets serait présent également; il est déjà en poste depuis plusieurs années[10]. Mais il n’est pas cité dans le rapport d’enquête, c’est Le Vaillant (directeur de la sureté) qui aurait été présent ?

L’entretien dure peu de temps et on échange sans doute sur ces élections et sur la « température » du département de l’Eure.

Barrême, aurait ensuite déjeuné au « cercle » du parlement (le restaurant de l’assemblée nationale, la cantine!) avec Alexandre Papon, Louis La Ferriere, Decazeville, etc. et pourquoi pas Jules Develle dit-on, bref beaucoup de monde, trop de monde !…

A 14 heures on le voit boulevard des Italiens;  à 14.30 il serait chez un avocat de ses amis, maître Panhar, rue La Boétie; celui-ci est absent ?! A 14.50 il serait avec Develle au ministère de l’agriculture qu’il quitte à 15.10; Puis on le retrouverait dans un café sous les arcades de la gare de Lyon. A 16.30 il serait vu boulevard  Malesherbes puis de retour rue La Boétie pour enfin atterrir à la gare saint Lazare. En fait la gare n’est pas encore reconstruite et c’est par une station du réseau de la petite ceinture) qu’ont lieu les départs du Paris-Cherbourg d’où sans doute les contrôles plus soigneux que l’enquête va révéler mais pas forcément exploiter.

C’est un agenda un peu fou pour être crédible.      

Après son déjeuner à l’assemblée, Barrême ne se serait-il pas, simplement rendu à la caisse centrale du ministère de l’intérieur (rue de l’Université) où il a un rendez-vous qui a du être confirmé le matin pour y retirer les fonds « spéciaux » destinés à régler les frais de la campagne électorale ?!

En fin d’après midi, vers 17.30 le Préfet rejoint la gare où il doit prendre le train de 18.55 pour Evreux. Il va d’abord en salle d’attente 1ere classe après avoir récupéré à la consigne son seul bagage (sa couverture). Sur ce train express il est prévu, à 20h 00 un arrêt de 5 minutes à Mantes-la-Jolie. On rapporte[11] qu’un individu assez joufflu, coiffé d’un haut de forme se serait présenté muni d’un ticket de quai pour s’assurer que M. Barrême était bien dans un compartiment et se serait précipité pour acheter un billet aller-retour pour Mantes.(ce train passe à Maisons-Laffitte à 19.55 sans s’arrêter. Selon d’autres sources (le Figaro du 15 janvier) ce serait un homme grisonnant barbu et coiffé d’un feutre, avec pardessus et gants. Peut être même deux hommes, un jeune et un plus âgé comme, plus tard, semblent le dire d’autres témoignages rapportés par la presse.

 

L’assassinat

 

Vers 21.00, à Maisons-Laffitte, le conducteur d’un train de marchandise venant de Paris signale au chef de gare qu’il voit sur le quai, de la voix et de la main et sans s’arrêter, un incident.

Le chef de gare, M. Villherm, intrigué envoie donc, en amont, un lampiste. Celui-ci 300 mètres plus loin découvre, au pont de Bezons enjambant le grand bras de la Seine entre Maisons-Laffitte et Sartrouville, un corps allongé entre les deux voies. Le corps est ramené sur un brancard et déposé dans un hangar à bagages. Les gendarmes de Maisons-Laffitte prévenus arrivent vers 22 heures, accompagné du docteur Licke médecin à Maisons-Laffitte et ils procèdent aux premières constatations et à l’identification. Le brigadier est resté à la gendarmerie; il ne préviendra le parquet de Versailles qu’à 8 heures le lendemain et par télégraphe.

 

Le corps est vêtu d’un costume noir et enveloppé dans une pelisse de loutre; on trouve dans ses poches une carte de circulation au nom de Barrême préfet de l’Eure, deux lettres à son adresse; une enveloppe non décachetée mais légèrement déchirée sur un coin et contenant 500 francs en billets et un porte monnaies contenant 37.50 francs.

Le rapport médical peut se résumer ainsi : « …coup de revolver (calibre 7 mm) près de l’oeil du côté gauche… Un grand mouchoir de coton avec une lettre V entoure la tête. Ce bandage est fermement noué. Coup d’instrument tranchant sur la partie postérieure droite. L’absence de l’arme et ce bandeau excluent un suicide et valide celle de meurtre ». Ce pré-rapport sera complété le lendemain matin par l’examen du Dr Angiot : « un coup à l’occiput, non mortel, une balle tirée dans la tempe à bout portant, mais la mort n’aurait pas été instantanée. Les vêtements sont déchirés sans doute par la chute sur la voie… »

 

En tout début de matinée le corps est transporté sur son brancard à l’hôtel de « la cannelle d’argent », en face de la gare; cet hôtel, ironie du sort, est tenu par un ébroïcien, M Bidot.

 

Dès le matin du 14, c’est la stupeur dans Evreux.

 

En voisin, le docteur Guindey, conseiller général, aurait annoncé à madame Barrême, la lugubre nouvelle. Le secrétaire général de la préfecture, Girot, en a été avisé vers 10 heures et se rend à Maisons-Laffitte, accompagné d’un collaborateur, Genié. Ils y arrivent à l’heure du déjeuner car le train  s’est arrête exceptionnellement pour eux en gare de Maisons-Laffitte. Détail sordide, ils auraient voyagé par le même train que celui emprunté la veille par le préfet Barrême, ce train faisant l’aller-retour sur la ligne.

Ils retrouvent le député Léon Sevaistre qui, après avoir découvert les faits dans la presse du matin est arrivé plus tôt de Paris. Il est déjà allé à l’auberge où il a reconnu le corps.

Arrivent ensuite le capitaine de gendarmerie de Saint-Germain, puis, par le train de midi, Monsieur Foubert,[12] chef du secrétariat particulier du ministre de l’intérieur. Il repartira aussitôt sur Paris pour rendre compte à son ministre.

 

Enfin, vers 15 heures, soit 18 heures après le crime, le parquet de Versailles, messieurs Férron, juge d’instruction et Yot, médecin légiste ainsi que le procureur de la République arrivent, suivis de M Taylor chef de la sécurité ferroviaire.

Ils procèdent aux constatations, et l’autopsie  commence sur une des tables de marbre de la salle du restaurant !

Elle révèle que la balle aurait pénétré par le temporal gauche pour se loger dans l’hémisphère droit. Jules Barrême a du vivre cinq ou six minutes après sa chute. On a constaté des grains de poudre sur la peau et, selon l’hypothèse émise, le préfet aurait été assailli dans son compartiment, tué à bout portant, sans traces de lutte. Comme à son habitude, il devait dormir dans l’angle gauche à l’entrée, un autre passager (l’assassin?) occupant l’angle opposé, comme le dira le contrôleur Lebel. Le mouchoir aurait été noué autour de sa tête pour éviter que le sang macule les sièges; puis le corps aurait été jeté sur la voie, par la portière droite. Il est bon de savoir que les voitures de 1ère classe qui circulent à l’époque sur cette ligne sont du modèle courant A3 (dont 1084 exemplaires construits vers 1850) avec 3 compartiments qui ouvrent chacun sur l’extérieur.

A l’arrêt de Mantes, le chef de gare avait constaté qu’une seule personne était descendue de la voiture où est situé le compartiment et qu’une vitre de la portière était brisée et une canne oubliée par un passager.

Ceci avait été signalée  par l’agent Patois qui avait récupéré le billet (un aller-retour Paris-Mantes) de ce passager à sa sortie .il en donna un signalement précis comparable à celui donné à la gare de départ à Paris en y ajoutant que ce passager portait une couverture rouge bordée de noir sur le bras.

Ce voyageur aurait ensuite été aperçu par deux jeunes filles employées chez un épicier voisin alors qu’il se débarrassait de la couverture sur la chaussée. Cette couverture se vérifia, par la suite, être celle du Préfet. Son chapeau sera retrouvé plus tard, sur la voie, en forêt de saint Germain. Selon le chef de gare de Mantes, l’assassin présumé aurait été aperçu, sans passer par la salle d’attente, reprenant le train (n°50) venant de Bayeux et repartant à 21h05 de Mantes vers Paris.

Ces messieurs du Parquet repartent à 17 h vers Paris où l’enquête se poursuit à la gare de départ et où les premières hypothèses sont émises.

 

M. Foubert serait revenu sur Evreux le soir même pour rencontrer madame Barrême et examiner la « situation ». Le docteur Cortyl, directeur de l’asile de saint-Yon en Seine Maritime et ami de la famille sera présent le lendemain. En fait, après avoir présenté les condoléances d’usage, Foubert effectuera un tri des documents personnels et des notes du préfet en procédant aux destructions qui s’imposent.

 

Le lendemain, 15 janvier, M. Girod quitte Évreux pour Maisons-Laffitte afin d’assister à la mise en bière du corps de Jules Barrême.

Le 18, les obsèques du préfet se déroulent à Evreux. Une foule considérable assiste à l’inhumation. Outre les anonymes qui n’ont pu pénétrer dans la cathédrale, sont présents le maire d’Évreux, les représentants des ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur, les représentant des corps constitués : le sénateur d’Osmoy, les députés Sevaistre, Passy, Raoul-Duval et Papon, les préfets voisins (Seine-Maritime, Somme) les officiers supérieurs des corps militaires, le président du conseil général de l’Eure, le président de la cour d’assises de l’Eure, etc…, les sociétés et associations diverses, les élèves des lycées et écoles de la ville, …

Le corps sera ensuite acheminé en Gironde à Pellegrue où Jules Barrême sera enterré.

 

Dès le 19 janvier, le juge d’instruction du parquet de Versailles organise dans le cadre de l’enquête, une perquisition à la résidence préfectorale aux fins d’étudier les archives personnelles de Jules Barrême. A cette occasion, les fonctionnaires dépêchés sur place constateront surtout que de nombreux documents ont été brûlés. Il s’agissait selon Madame Barrême, de documents sans importance (cartons d’invitations, courriers de remerciements…).

 

La poursuite de l’enquête, les pistes ?

 

La lenteur des autorités judiciaires à se mettre en œuvre est dénoncée dès le jour du crime par les premiers témoins. Pire, le jour de l’enterrement du préfet, le lundi 18 janvier, déjeunant au Grand Cerf avec le préfet de la Seine-Maritime et René Laffon, représentant le ministre de l’intérieur, le procureur général de Rouen s’étonnait de n’avoir pas encore reçu le signalement de l’assassin.

 

Le 29 janvier, le député de l’Eure Léon  Sevaistre interpellera à l’Assemblée le ministre de la justice pour se plaindre des lenteurs et négligences des agents judiciaires : « l’impunité semble presque assurée au coupable »[13].

Huit ans plus tard, le matin du 2 octobre1894 titrera « on ne trouve que des innocents ».

Pendant toutes ses années les pistes les plus improbables sont suivies: Chaque dénonciation est explorées (créanciers hypothétiques, maitresses éconduites, vengeances ou rancœurs). Des Ebroïciens dont deux marchands de bestiaux, un ancien directeur de l’union républicaine de l’Eure, le comte de Molen ancien sous-préfet des Andelys, M. Bouzanquet ancien juge d’instruction d’Evreux et bien d’autres sont inquiétés. Même la congrégation des chanoines du Latran à Cerizay ou encore, le candidat malheureux Albert De Broglie seront interrogés.

On décrit Barrême comme ayant dilapidé la fortune de sa femme et qu’il aurait pu être aux abois et poursuivi par des créanciers capables de tout…

On en vient aussi à accuser les fameux bonneteurs[14] qui infestaient la banlieue et dont Barrême s’était plaint quelques temps avant, à son directeur de cabinet. C’est une hypothèse avancée dès le soir même par les enquêteurs. Mais pourquoi auraient-ils laissés l’argent ?

Le signalement du suspect devient même celui d’un jeune homme de 25/28 ans, bronzé, aux favoris et cheveux bouclés sous un chapeau melon, alors que huit témoins oculaires (Hottman guichetier grandes lignes, Boirron contrôleur du train, les préposés en gares de saint-Lazare ou de Mantes, les deux jeunes filles) donnent un signalement différant et cohérent. Mais y avait-il un complice? Sans doute puisque deux personnages (un homme de la quarantaine et un plus jeune) seront signalé l’un à la gare de départ, l’autre dans le train. Quel était leur rôle respectif ?

 

Les 500 francs trouvés dans l’enveloppe deviennent une créance que Jules Barrême remboursait, par mois à l’un de ses confrères (maître Panhar ?) absent de Paris ce jour là, d’où le fait qu’on ait retrouvé l’enveloppe intacte. Le mobile ne serait donc pas le vol? Ce qui permet en même temps d’occulter l’enveloppe contenant les 20 000 francs des fonds spéciaux.

Selon certains, le préfet aurait eu sur lui des documents  compromettants et sensibles justifiant une agression ? Dans une sacoche? Mais les témoins ne lui ont pas vu de bagage hormis sa couverture.

Un coup de feu mortel a été tiré après que la victime ait été assommée; l’agression aurait-elle mal tourné ? Pourquoi ? Et où est passée l’arme?

La plaie a été masquée par un mouchoir. Ce luxe de précaution pour éviter de tacher le tissu des sièges prête à sourire aujourd’hui alors que le crime semble s’être déroulé dans un timing extrêmement serré qui présuppose sinon une parfaite connaissance des conditions du moins une préparation ou un repérage des lieux.

En l’absence de reconstitution toutes  ces interrogations ne semblent pas avoir trop perturbé les enquêteurs.

Certes, l’enquête ne semble pas bâclée, elle est au contraire démultipliée frénétiquement et tous azimuts. Plus de soixante pistes seront explorées sans succès et les plus chaudes abandonnées sans état d’âme diront certains.

Au ministère de l’intérieur on dément tout versement d’argent et on ajoute même que, s’il y en avait eu un, il l’aurait été sous forme d’un mandat de paiement, car « jamais on ne distribue d’argent en liquide ».  Tout juste apprendra-t-on, quelques mois plus tard, le limogeage d’un haut fonctionnaire…et en février on apprendra aussi le départ du secrétaire général de la préfecture de l’Eure.

 

On peut difficilement imaginer un crime crapuleux ou celui d’un dément. Le ou les assassins savaient ce qu’ils cherchaient et comment organiser le scénario. Pourquoi avoir tiré ?  Peut-être simplement parce que le préfet, à demi assommé a vu et peut-être reconnu son assassin?

Il est tout aussi difficile d’imaginer le préfet volage et la vengeance amoureuse. Il est tout aussi improbable de voir un petit malfrat ou deux s’en prendre avec une telle maitrise à un homme dans la quarantaine et dont le physique a de quoi impressionner.

Le préfet Barrême en savait-il trop ? Mais sur qui, sur quoi? Sur l’affaire des décorations (affaire Wilson) par exemple.

De nombreux scandales[15] ont émaillé la vie politique sous la IIIè République et fort heureusement le corps préfectoral  n’a pas eu à subir les effets meurtriers des informations secretes ou confidentielles qu’il détenait. Il aurait été décimé !

 

Alors ? Qui a tué Barrême?

 

Certains suspects tiennent la corde si on ose dire. Par exemple Alfred Foubert, fils du sénateur Paul Foubert, chef du secrétariat particulier du ministre de l’Intérieur et pourvoyeur des fonds secrets. Sa révocation brutale et sa fuite en 1887 alimenteront cette piste qui ne sera jamais explorée. Foubert était effectivement aux abois, en raison de son inculpation dans une affaire d’escroquerie[16]  De là à organsiser un meurtre pour échapper à cette situation ? Pourquoi pas car les dénis du ministère et tous les efforts faits pour orienter l’enquête sur d’autres pistes ne peuvent que renforcer cette hypothèse.

 

On pourrait aussi parler de Daniel Wilson, gendre du président Grévy, impliqué dans le scandale des décorations. En effet, le journal « la cocarde » du 25 septembre 1894 relance cette piste par laquelle Wilson aurait demandé au ministre de l’intérieur, Sarrien, une décoration vendue à un habitant de l’Eure ? Barrême s’y serait opposé, preuves à l’appui.

C’est le souci de récupérer ces preuves qui aurait conduit Wilson a faire assassinze le préfet de l’Eure et avec la complicité de Foubert, les deux étant impliqué dans le scandale. Le journal « le progrès » du lendemain mettra un bémol à cette hypothèse. De toutes façons on voit mal Barrême transporter ces papiers sur lui à Paris. Tout au plus cela peut-il justifier la destruction des documents chez le préfet les jours suivants.   

 

En 1896, le délai de prescription ayant été atteint, l’instruction sera définitivement close et l’assassin ne court plus ou bien il serait presque bicentenaire.

Mais cette affaire nous aura permis de mieux connaitre  notre histoire locale et cet assassinat n’aura pas été inutile puisque le 10 juillet 1886  une circulaire rendait obligatoire l’intercommunication entre les voitures pour les trains de voyageurs.

Notons aussi que c’est le 8 avril 1889 que la gare Saint-Lazare actuelle sera inaugurée.

Enfin, mais ce sera trop tard pour éclairer le mystère Barrême, deux hommes marqueront l’histoire de la police scientifique : Alphonse Bertillon qui a institué le signalement anthropométrique et imposé la technique de l’empreinte digitale en utilisant les travaux pionniers de Francis Galton, et Edmond Locard qui a créé à Lyon, en 1910, le premier laboratoire de police scientifique.

 

Bibliographie

·       Dictionnaire des parlementaires français 1789-1889  tomes 1 à 5 par MM. Adolphe Robert – Edgar Bourloton – Gaston Cougny , Bourloton éditeur  Paris 1891

·        Les Assassinats maçonniques, Léo Taxil et Paul Verdun, 2e édition, Letouzey et Ané éditeurs Paris 1890, chap IVp. 256-276.

·       Le Dossier de l’affaire Barrême , série d’articles parus en dans » La Lanterne » entre le 11 et le 27 novembre 1888.

·       Notice sur Jules Barrême , Charles Lyon-Caen, Alcan Lévy éditeur Paris 1886

·       Les trains du crime : Serge Janouin-Benanti, Lâpart Cheminements éditeur 2010.

[1] Les trains du crime : Serge Janouin-Benanti, Lâpart-Cheminements éditions, 2010 p 205-242.
[2] idem p 211
[3] Ces évènements sont rapportés dans La Semaine religieuse du diocèse de Rouen  du 13 novembre 1880 n°46 p 1103
[4] En 1879 Joseph Firbach est élu président de la Société libre d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l’Eure; il succède à Ernest de Blosseville.
[5] Voir dans Connaissance de l’Eure les n° 194 sur les » charitons » et le n°197 sur « la métallurgie ».
[6] Et en mars de la même année dans deux colonies françaises, la Guadeloupe et la Réunion, pour un siège.
[7] Les fonds spéciaux ou secrets (67,2 millions d’euros en 2019) permettent au gouvernement de disposer discrètement et librement, de moyens d’agir au nom de la raison d’Etat. Malgré un essai de réforme en 2001 (par Lionel Jospin), ces pratiques perdurent. Divers scandales émaillent leur histoire depuis la monarchie.
[8] Ce procédé de communication direct ou par affiches, apparait à cette époque, il sera utilisé régulièrement par les candidats On se souvient, en 2011, de celle de François Hollande : 800.000 électeurs vont recevoir une lettre du candidat pour les primaires les enjoignant à participer à la campagne pour l’élection présidentielle.
[9] La lanterne du 13 novembre 1888
[10] Il est le fils de Paul Louis Foubert, riche propriétaire à Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche), sénateur inamovible.
[11] Les assassinats maçonniques  Léo Taxil et Paul Verdun- Letouzé et Ané éditeurs Paris 1890 et le matin du 15 janvier 1886
[12] Le figaro du 15 janvier 1886
[13] l’Echo de Paris du 30 janvier 1886. Il fut l’un des premiers sur les lieux du crime (Le Petit Caporal, 19 janvier 1886).
[14] Le bonneteau est un jeu d’argent, se jouant avec 3 cartes retournées. il est proposé à la sauvette sur les marchés et dans les lieux publics ou les transports en commun. On mise sur le placement d’une couleur ou de la dame. le bonneteur et ses complices invitent les parieurs à jouer et… à se faire escroquer.

 
[15] L’assassinat de Gambetta-L’affaire Schnaebelé-Le scandale des décorations-Le scandale du Panama-L’affaire Norton-L’affaire Dreyfus-L’assassinat de Zola-L’affaire des fiches-L’affaire Caillaux-L’acquittement de l’assassin de Jaurès-L’affaire Oustric-L’affaire Hanau-L’affaire Thalamas
[16] « Un nouveau scandale » dans  Le XIXe siècle du  16 novembre 1887 ou « L’affaire Foubert », dans Le XIXe siècle du 30 décembre 1887 ou encore  » L’assassinat de M. Barrême et M. Wilson » dans  Le Progrès du 26 septembre 1894.

La Société libre d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département de l’Eure, fondée en 1798, est la plus ancienne société savante de ce territoire. Elle est communément désignée sous l’appellation simplifiée de Société libre de l’Eure. Elle a son siège à Évreux, aux Archives départementales de l’Eure.